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Dr. Mohamad Majed Bari

Dans l’enfer d’Alep, les routes sont mortelles et ont coûté la vie à de nombreux médecins prêts à braver les dangers pour porter secours à la population. Alors qu’il rentre de sa tournée des hôpitaux à Alep le 15 octobre 2014, un missile thermique frappe le véhicule du Dr. Mohamad Majed Bari et le tue sur le coup.

Date du décès : 15/10/2014

Le Dr. Majed a terminé ses études de médecine à l’université d’Alep en 2007. Il a été parmi l’un des premiers médecins à avoir travaillé au sein de l’ONG médicale UOSSM et a été responsable du comité médical d’Alep pendant près d’un an. Il avait dû fuir la Syrie, où il retournait régulièrement pour des missions, et s’était installé à Kilis en Turquie avec sa femme, ses deux enfants et ses parents. Il était également engagé depuis 2013 avec l’organisation “Physicians Across Continents”.


Conditions du décès :

Le Dr. Mohamad Majed Bari a perdu la vie au cours d’un déplacement sur la route meurtrière de Castello, seule route pour sortir d’Alep alors assiégée et se rendre vers le nord.

À 16h, alors qu’il rentre avec un collègue médecin après sa tournée des hôpitaux, un vieil homme sur le bord de la route les arrête pour pouvoir monter à bord. Le Dr Majed accepte, lui laisse sa place à l’avant et s’installe à l’arrière du véhicule. Ils s’engagent sur une portion de route non-abritée par les bâtiments, connue pour être la plus dangereuse car des missiles thermiques s’abattent plusieurs fois par semaine sur les véhicules qui y passent. Il est conseillé de rouler à plus de 120 km/h afin d’éviter que le missile arrive à suivre la source de chaleur.

Mais cette fois-ci, cela n’aura pas suffit ; un missile thermique envoyé d’une zone sous contrôle du régime syrien, frappe le véhicule. Les deux autres passagers s’en sortent mais le Dr. Mohamad Majed Bari est tué sur le coup.

Dr. Abou Moussab, président du Conseil Médical d’Alep, était présent lorsque le corps a été transporté à l’hôpital : « J’étais aux urgences. On est venu m’interrompre et me dire que le Dr. Majed avait été touché par un missile et que son corps était  dans le couloir. Je n’y ai pas cru, je me suis dépêché d’aller voir, j’ai ouvert le sac et j’ai reconnu son visage, malgré sa noirceur. J’ai été anéanti. ».

« Il s’est engagé depuis le début des événements en Syrie et a apporté son soutien en tant que médecin à la population civile et ce malgré les pressions énormes de sa famille très engagée, elle, avec le régime syrien. C’était un optimiste, toujours souriant. Il était un père tendre, un fils reconnaissant et un mari aimant. » – Dr. Ahmed Bananeh, membre fondateur de l’UOSSM.

Lettre d’hommage du Dr. Zaher Sahloul, président de la Syrian American Medical Society (SAMS),  en octobre 2014 (publié sur le Huffington Post)

Je m’appelle Dr. Mohamad Majed Bari
Mes amis et mes patients m’appelle Dr. Majed
J’étais un médecin, non un terroriste
J’ai sauvé des vies alors que les terroristes prennent des vies
J’ai été tué parce que ma voiture a été la cible d’un missile thermique lancé d’un avion de guerre syrien
J’ai saigné à mort
Aucun équipage d’urgence n’a pu me joindre à temps
Le Comité international de la Croix-Rouge et l’ONU ne sont pas autorisés par le gouvernement dans ma ville natale, derrière les lignes des rebelles
Ils restent en sécurité dans leur capitale
Ils doivent se conformer au système bureaucratique
Le système ne me protège pas, ni mes patients
Il n’y a pas eu de nouvelles sur ma mort
Les journalistes sont tous à Kobané

J’étais à bord d’une ambulance à Alep essayant de sauver la vie d’un autre
Trois autres civils ont été tués avec moi
Ils ont rejoint les 200 000 autres syriens tués dans mon pays
Je travaillais avec une organisation humanitaire appelée Saving Lives!
J’ai été tué tout en sauvant des vies
«Comme c’est ironique» me direz-vous, mais la Syrie est terre d’ironie ces jours-ci

Beaucoup de mes collègues ont quitté Alep parce qu’ils avaient peur pour leur vie
Certains de mes amis ont été détenus, torturés et tués simplement parce qu’ils ont insisté pour exercer leur métier
Ils ont juré de sauver des vies
Ils ont été traités comme des criminels ou pire encore
On nous a dit que le monde entier respectait notre neutralité
On nous a dit que la convention de Genève garantit notre impartialité
On nous a dit que le fait d’être médecin est comme d’être un ange
Vous donnez de vous-même pour soigner votre patient
Le régime n’a pas respecté cela
Le monde ne s’est pas précipité pour nous aider
Nous avons souffert en silence, comme ma patrie
Certains de mes amis sont morts en train de fuir, en essayant de fuir en bateau vers une nouvelle terre d’espoir
Ils ont été avalés par les vagues de la Méditerranée

Je suis resté parce qu’il est de mon devoir de sauver des vies
Je suis resté parce que si j’étais parti, qui d’autre resterait?
Qui d’autre tendrait la main à un enfant blessé, que l’on sort en pleur des décombres, de sa maison détruite par une bombe?
Qui d’autre va vacciner les enfants de mon quartier afin qu’ils n’aient pas la polio ou la rougeole?
Tout le monde nous a laissé face à notre sort
Nous n’avons personne d’autre que Dieu
Il regarde ceux qui nous ont déserté
Je suppose qu’il les teste et nous aussi
Je ne m’attends à ce que quelqu’un réagisse à ma mort
Je ne m’attends pas à ce que quelqu’un arrête les meurtres dans ma ville natale

J’ai perdu ma foi en l’humanité
Mais j’ai vécu une vie épanouissante et je ne regrette pas une minute d’avoir servi mes patients
Je rejoindrai les 362 médecins syriens tués par les criminels de guerre
Mes patients me manqueront, ma femme et mes deux jeunes enfants aussi
Ma ville et mon pays vont me manquer
Mes collègues qui travaillent encore
Qui continuent de sauver des vies comme d’habitude
Leur foi, leur chaleur et leur humour vont me manquer
Et le son des bombardements
C’est trop silencieux ici
C’est trop froid
Il fait trop sombre
C’est trop « non-syrien »
Priez pour moi et pour ma patrie